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Intervention de Jean-Louis Borloo, Président de l’UDI

Intervention de Jean-Louis Borloo, Président de l’UDI

Le 04/09/2013

A l'occasion de la 1ère réunion de travail des "Européen", vous retrouvez ci-dessous l'intervention de Jean-Louis Borloo, Président de l'UDI

Quelques mots tout d’abord pour remercier à nouveau nos invités. Nous avons deux catégories d’invités, nos députés européens français et nos députés européens non français, tous appartenant à notre grande famille politique. Merci à chacune et à chacun d’avoir répondu à notre invitation un vendredi 30 août après avoir beaucoup travaillé sur un document qui est par nature un document martyr, retravaillé ce matin et qui vient de vous être distribué.

Je vais vous donner mon sentiment. Je me souviens de la campagne européenne alors que j’étais numéro 2 de la liste de Simone Veil. C’était il y a un certain temps. A ce moment-là, l’Europe n’était pas très difficile à projeter : on voyait à peu près bien le projet européen.

Aujourd’hui, nous nous trouvons à un moment tout à fait extraordinaire de la vie de l’Europe. Et le débat n’est pas entre « eurosceptique et euro optimiste ». Il est question de savoir au fond ce que nous partageons. Que voulons-nous faire entre Européens, catholiques, protestants, entre ceux du Nord et ceux Sud, certains qui vont bien ou d’autres un peu moins bien, ceux qui ont des crises passagères, plus industrielles ou plus agricoles ? Que veut-on réellement partager ?

Bizarrement, ici et là, la réussite d’hier de cette Europe a laissé poindre assez naturellement des ratés… Mais, connaissez-vous une construction d’une telle complexité qui n’aurait pas quelques ratés, qui ne connaîtrait pas quelques difficultés, qui ne commettrait pas quelques erreurs ? C’est impossible.

Alors oui, il y a des choses curieuses, la réglementation de la taille des concombres ou l’harmonisation du cri des animaux dans les BD. Mais en réalité, ce n’est pas le sujet.

La question est celle du choix d’avenir. A cet égard, j’ai le sentiment que nous ne sommes pas allés encore tout à fait au bout de ce qu’on doit partager.

De la réunion de ce matin, qu’ai-je compris ou qu’aimerais-je avoir compris ?

Parmi les grands sujets, le premier c’est la régulation financière. On sort d’une crise délirante sur les flux financiers non régulés. Le monde et l’Europe ont failli être emportés en 2008. Et, il est alors apparu que la régulation financière n’était possible qu’au niveau de l’Europe. Elle ne peut plus être réalisée par un Etat.

Je rappelle que l’Europe c’est 3500 milliards de transactions par jour, pour 10000 milliards dans le monde, c’est-à-dire presque 40% des transactions de l’humanité. Donc la régulation ! L’évasion fiscale qui oscille entre la fraude et la sur optimisation parfois, c’est plus de 600 milliards de recettes possibles pour les économies occidentales. On est là très loin d’un petit sujet. Ces deux sujets majeurs méritent pour l’un et pour l’autre un ministre, membre d’un gouvernement fédéral, doté d’une politique fédérale de lutte contre l’évasion fiscale. Il s’agit là de s’assurer de l’appropriation des ressources fiscales légitimes de l’Europe et des pays européens.

Le troisième sujet c’est clairement celui du soutien à quelques grandes filières économiques. Il peut y avoir débat entre Allemands et Français : nous avons une logique plutôt colbertiste de champions, tandis que les allemands sont sur le terrain beaucoup plus diffus des PME. Mais dans un cas comme dans l’autre, cela ne nous dispense pas d’un soutien aux grandes filières, d’un véritable soutien économique.

La concurrence, ce n’est pas une stratégie. Elle ne peut pas justifier un ministère. Mais il faut une autorité de lutte contre la concurrence non libre ou faussée. On ne peut accepter l’idée que le marché intérieur qui est à peu près achevé, je dis bien à peu près, laisse perdurer des reculs dans certains domaines.

Mais le vrai sujet c’est la compétition bloc à bloc. Quels sont les avantages compétitifs de l’Europe ? Comment négocie-t-on au niveau commercial ? A 26-27, avec des discussions parallèles et aléatoires, ou plutôt avec un ministre de la négociation européenne, pour parler avec nos interlocuteurs de l’OMC ?

Autre mission, la coordination dans la lutte contre les grandes délinquances : il ne s’agit pas de créer un ministère européen de la police, pas plus que d’harmoniser les institutions nationales de justice. Il s’agit qu’il y ait un ministre en charge d’améliorer partout la coordination de la lutte contre toutes les grandes criminalités, par des actions concrètes, des textes, pour aller vite, pour être efficace. La première d’entre elles aujourd’hui, ce sont les faux médicaments. Pour l’instant, rien d’essentiel n’a été réalisé sur ce sujet.

Puis on a évidemment le grand sujet de la transition énergétique du monde. Le débat ce n’est pas telle ou telle énergie. Ce n’est même pas la sécurité énergétique de l’Europe. C’est le système global. C’est probablement le sujet le plus difficile à traiter car nous sommes en concurrence interne et en exportation commune.

Au fond, les gens ne peuvent pas voter pour des institutions. Ils votent pour des projets. On voit bien qu’une des forces de l’Europe, c’est sa diversité. On n’a pas tous la même démographie, la même natalité, les mêmes moyennes d’âge.  Et tout le monde n’a pas le même cycle économique. Ne pourrait-on pas avoir une organisation, une sorte de pôle emploi européen intelligent, qui regarde les besoins de plasturgie à tel endroit, les formations à tel autre ? La meilleure réponse à l’immigration extérieure, qui doit être contrôlée, n’est-ce pas notre capacité à créer de la mobilité professionnelle dans l’espace européen ?  N’est-ce pas de viser, comme un objectif absolu, un apprentissage accéléré de la langue, d’assurer l’accueil, le logement, le suivi d’un pays à un autre avec une carte, un droit de travail immédiat, un système de sécurité sociale.

Aujourd’hui nous n’avons aucune capacité de faire de la mobilité professionnelle interne en Europe. Quand je dis « aucune », ce n’est pas tout à fait vrai. Mais ce n’est simplement pas une stratégie européenne majeure. Soit l’Europe se laisse flotter dans un bain inconsistant, soit elle avance avec de vrais projets. Sans cela, elle sera inéluctablement le bouc émissaire de nos inconsistances. Et on vous expliquera que l’échec de la politique du logement, c’est la faute de la BCE. C’est comme cela que cela va se terminer.

Je pense qu’il faut un gouvernement européen où les ministres assurent des missions, claires et intangibles. Je ne vois pas pourquoi on parle encore de commissaires : je connaissais le commissaire de police, le commissaire divisionnaire, mais je ne vois pas vraiment ce que doit être un commissaire européen. Il faut un gouvernement constitué de 15 portefeuilles ministériels avec des missions sur 5 ans, évidemment sous contrôle du Parlement. Même la codécision, je ne suis pas sûr que ce soit la meilleure idée possible, parce que l’exécutif doit exécuter et le Parlement contrôler. La codécision, c’est une non décision, qui induit la multiplication des décideurs, la démultiplication des textes et des normes en tous genres. C’est la meilleure façon pour faire en sorte que  40 000 personnes ne s’occupent pas de l’essentiel. Bref, c’est une organisation superfétatoire. Il faut un numéro de téléphone unique, un président de l’Europe, élu à la tête d’un gouvernement de l’Europe. Et ce que l’on a transféré, on le transfert vraiment et on ne rediscute pas sans cesse d’une unanimité, sinon c’est ‘indémerdable’ !

Si je regarde les 20-30 ans qui viennent, où sont nos relais de croissance ? Il y a une ressource interne, considérable, qui ressort pour partie de la compétence européenne, c’est la formation professionnelle, la compétitivité, les nouvelles technologies. C’est un projet européen majeur.

Mais il y en a d’autres qui sont externes à l’Europe ! Si on regarde bien l’Europe, si on veut que l’Europe soit le continent qui entraîne comme disait notre ami tout à l’heure, et non pas celui qui est entraîné, quels sont les relais de croissance sur lesquels les autres n’ont aucun avantage sur nous et sur lesquels on a un brin d’avance. Quels sont les secteurs où l’on peut gagner la partie si on joue le match ? Il n’y en a pas 150.

Il y a d’abord le nouveau continent monde, c’est l’Afrique. Mais ce n’est pas l’Afrique de l’aide au développement. Ce n’est pas cela du tout… L’Afrique c’est 1,2 milliards de personnes aujourd’hui, 2 milliards dans 20 ans. C’est 6% de croissance avec 27% d’accès à l’énergie. Imaginez que l’Europe ait pleinement accès à l’énergie, je vous garantis qu’on ferait au moins 50% de croissance. Or, nous avons un programme qui est prêt pour équiper totalement en 5 ans l’Afrique en énergie, une énergie propre et renouvelable. Ce serait le premier continent soutenable de l’humanité. Quand vous avez de l’énergie vous allez chercher l’eau, vous créez un système de santé publique, vous lancez votre l’agriculture, votre industrie, des NTIC, vous pouvez tout faire ! Et cette énergie est la moins chère au monde : ou par le bois, ou par l’électricité, ou par le soleil ou par le vent.  Vous savez combien ça coûterait en dépense sans retour sur investissement : 450 milliards. Avec un retour sur investissement de 70%, on atteindrait environ une centaine de milliards, c’est à dire 1 an de la PAC. L’Europe avait un plan qui s’appelait « justice climat », grâce auquel on sait vallée par vallée, ville par ville ce qu’il faut faire. Voilà un grand projet européen, à 17 kilomètres de nos frontières, une économie qui passerait à 15 ou 20% de croissance... Si l’on ne faisait rien, que se passerait-il ?  Un peu de réchauffement climatique et des sous sols captés par les chinois en échange de construction de 3 maternités à coté du palais du gouverneur et de belles entrées d’autoroute éclairées à l’entrée de la capitale. C’est un désastre inéluctable !

L’Afrique est un vrai projet européen, avec une ressource propre, une ressource nouvelle, via la taxe carbone aux frontières, pour construire le premier continent soutenable : personne ne peut refuser la taxe carbone aux frontières, personne.

Il y a un second grand enjeu. Quel est l’endroit des plus grandes ressources de l’humanité aujourd’hui ? Il y a ce continent, le plus grand. Mais ce n’est pas tout. Il y a aussi la mer et les océans. Je ne parle pas de la protection de la mer et des océans. C’est une évidence très immédiate. Je parle de richesses extravagantes, extraordinaires et inexploitées. Je parle d’une source extraordinaire de technologie, de recherches, de nouvelles solutions pour la santé, pour l’emploi ! Nous avons la technologie pour puiser à ces ressources. Mais on est au degré 0 de l’exploration de la richesse infinie des océans ! Le monde ne se contentera plus très longtemps des produits de la terre. La surpopulation et la sur urbanisation vont poser des problèmes majeurs. La solution est là. C’est une vraie conquête comme celle de l’espace pour les américains.

Soyons clairs. Quels sont les 7 ou 8 projets à réaliser ensemble ? Qu’est-on prêt à mettre en commun ?  La monnaie, l’économie, le budget, la lutte contre les criminalités, le soutien à quelques grands programmes, qu’il faut définir, la mobilité professionnelle. Et sans doute peut-on en trouver encore quelques-uns. Un ministre, une mission, un parlement de contrôle et des ressources propres, la taxe sur les transactions financières, même si sa mise en œuvre nécessitera un peu de temps. Mais quand on saura ce que l’on veut en faire, alors tout sera plus facile ! La taxe carbone aux frontières, c’est plus facile. Mais il y a aussi la taxe sur les fonds de cuve de fuel bateau qui ne pose pas de difficultés particulières...

Ma conviction, c’est que 90% des européens aiment l’Europe. Ils aiment leur continent. Ils aiment leur voisin. Ils seraient ravis de compter sur un projet totalement européen, où les décisions se prennent normalement : une démocratie fédérale, avec des compétences fédérales, le reste on le laisse aux Etats quitte à rapatrier, le cas échéant.

Il nous faut un projet alternatif enthousiaste, offensif, qui reparte vers l’avenir. C’est vrai, on a encore du pain sur la planche.  Mais les blocages ne surviennent toujours que lorsque les situations sont arrêtées. Lorsqu’il y a projet, projection, même si tout le monde ne porte pas le même regard sur les choses, les points de vue deviennent compatibles. 

Bref. Je suis convaincu qu’on peut être optimiste. J’ai entendu les questions sur les alliances possibles... On n’est pas à la hauteur des enjeux avec des bidouillages de partis. Je vois là le modem, ici j’en vois d’autres. Nous on est l’UDI, on y va, on avance, on a pris nos dispositions techniques financières, organisationnelles, mais on reste évidemment ouverts. Sylvie n’est pas là en tant que représentante Modem, mais comme députée européenne, et je ne vois pas de différence majeure entre nous. Je suis même certain que nous pouvons bâtir un projet ensemble. Nous sommes à un moment crucial de l’histoire européenne, un tournant qui peut être dangereux. C’est à nous de donner la bonne impulsion, qui se fonde sur des projets, des projets visionnaires. C’est à nous de le faire. Et nous allons le faire.

Merci à toutes et à tous.

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