Un blog pour
L’EUROPE
Accueil > Actualités > Compte rendu du débat : PAC 2014-2020 - Menaces sur l’élevage et agroalimentaire ?

Actualités


Compte rendu du débat :  PAC 2014-2020 - Menaces sur l’élevage et agroalimentaire ?

Compte rendu du débat : PAC 2014-2020 - Menaces sur l’élevage et agroalimentaire ?

Le 31/05/2013

Ce débat organisé par la fédération UDI de la Mayenne est une première étape dans notre projet de contribuer à apporter des solutions au problème de l'agriculture.

Compte rendu du débat :

 PAC 2014-2020 :

Menaces sur l’élevage et l’agroalimentaire ?

Le lundi 29 avril 2013 - Changé

 

Jean ARTHUIS anime le débat

 

Invités :

  • Nicolas-Jean BREHON, universitaire, spécialiste du budget européen. Chroniqueur à la France Agricole.
  • Pascal BRETON : Ancien directeur général de Bongrain
  • Jean-Christophe BUREAU : Professeur à AgroTechParis, Chercheur à l’INRA, a participé aux travaux de la Commission Agriculture du Parlement européen comme consultant.
  • Michel DANTIN, député européen PPE, membre de la Commission Agriculture du Parlement européen.
  • Thierry MEYER : Directeur général de SOCOPA-Viande (Evron), groupe Bigard.

 

***

 

  • Olivier Richefou, coordinateur de la fédération UDI de la Mayenne accueille le public.
  • Claude Tarlevé et Françoise Duchemin présentent, à travers des illustrations graphiques, la chute du nombre des structures consacrées à la production en viande bovine et laitière, la chute des surfaces de terres herbagères au profit de la culture du maïs et des céréales, et la chute de l’emploi dans l’industrie agroalimentaire, premier secteur industriel en Mayenne.

 

Françoise Duchemin soumet les grandes questions des agriculteurs :

-          Que peuvent attendre les éleveurs de cette nouvelle PAC soi-disant plus équitable, en ces temps difficiles ?

-          Comment pouvons-nous maintenir une production alimentaire viable ?

-          Comment maintenir l’élevage et redonner confiance et reconnaissance à l’ensemble des éleveurs ?

***

 

Jean Arthuis introduit le débat en traduisant le souhait de l’UDI de conduire une réflexion sur l’évolution de l’économie agricole, de l’élevage, du monde rural et s’interroger sur les conséquences des évolutions de la PAC face au risque de régression de l’élevage et donc de remise en cause d’une partie de nos industries agroalimentaires. En Mayenne, si l’agriculture est le socle de l’économie, la valeur ajoutée globale dépend  de la transformation des produits agricoles. C’est dire à quel point la remise en cause de l’élevage en Mayenne, département-type du grand Ouest, fragilise toute la filière et la pérennité de nombreux emplois.

 

Il y a vingt ans la France était au 1er rang des exportateurs mondiaux de produits agricoles transformés, aujourd’hui elle est au 4e rang, devancée par les Etats-Unis, par l’Allemagne et les Pays-Bas.

 

I – Y-a-t-il péril pour l’élevage mayennais et quelles peuvent être les conséquences pour les industries agroalimentaires et l’emploi dans ce secteur ?

 

Thierry Meyer présente brièvement le groupe BIGARD qui abat et découpe environ 100 000 porcs par semaine en particulier à Socopa Evron (Mayenne), structure qui réalise à elle seule 1,5 million d’abattages de porcs par an.

La PAC influence évidemment les productions agricoles, le danger pour les industries agroalimentaires est réel : en 2012 la production de porcs a baissé de 2,5% en France, la production de bovins de 6%. Mécaniquement notre activité s’est réduite d’autant car nous travaillons  des animaux nés, élevés et abattus sur le territoire français. Les orientations actuelles végétalisent l’agriculture et pénalisent notre matière première.

Nous prévoyons encore en 2013 un recul de la production de viande (–4 à –5% en viande bovine  et –3% à –4% en viande porcine). Et on ne voit pas aujourd’hui comment les politiques annoncées vont stopper cette dégradation.

Nous remarquons que les aides publiques ne sont pas toujours dirigées au bon endroit.

Nous avons un marché commun mais pas de règles communes.

Nous observons que les distorsions de concurrence en matière sociale et fiscale sont à l’origine de notre recul. Ainsi les Allemands ont pu développer une grande production porcine grâce au coût de la main-d’œuvre qui est inférieur d’environ 10 à 11 euros de l’heure (par rapport à la France). Or le site d’Evron, par exemple, représente 25 000 heures de main-d’œuvre par semaine, cela représente 14 millions d’euros par an. Ces 14 millions, nous   préfèrerions les diviser en trois : un tiers pour la production, un tiers pour les investissements et un tiers pour le social et les actionnaires. Dans un marché unique, le prix de marché devient unique et avoir des règles de production différentes est un handicap majeur.

Comment relever le défi ? Soyons réalistes, le smic allemand ne sera pas en place demain. Sur le site d’Evron en 2003 on comptait 550 personnes, aujourd’hui on compte 1 000 personnes. Si notre faiblesse est le coût de la main-d’œuvre et la fiscalité, nous avons pu renforcer nos points forts. Nous avons développé nos filières de qualité (le label rouge), nous avons mis en place des filières de type IGP (indicateur de géographie protégée) ; la Mayenne fournit de la viande de porc pour la saucisse de Montbéliard ou Morteau, pour les produits de charcuterie IGP Ardèche, IGP Savoie, etc. Nous avons créé des segments qui créent de la valeur en produisant des matières plus spécifiques à notre savoir-faire.

Par ailleurs nous développons nos exportations sur le Japon où notre marque Socopa est reconnue auprès des grossistes et industriels du pays.

Si les effectifs ont été doublés, ce n’est pas grâce à plus d’abattages mais à une valeur ajoutée sur le produit vendu. Mais les limites sont vite atteintes car de la valeur ajoutée en plus c’est de l’emploi supplémentaire qui coûte davantage en France qu’en Allemagne.

Les contraintes sociales et fiscales nous conduisent d’une production de masse vers une production de qualité.

Nous avons aussi développé des produits standardisés à poids constant pour le hard-discount. Notre handicap reste celui du coût du travail. Si nous voulons être compétitifs à l’export, il faudra baisser le coût du travail en augmentant la TVA. Les Allemands qui, il y a 10 ans, n’étaient pas autosuffisants, sont aujourd’hui les premiers exportateurs de porcs au monde.

Y-a-t-il tarissement des sources d’approvisionnement au profit des céréales ? Oui nous sommes obligés d’aller chercher les porcs plus loin et à Evron nous sommes à la limite de la création de valeur ajoutée.

Jean Arthuis résume les préoccupations : assurer le maintien de l’approvisionnement, maintenir les filières qualités, label rouge, et le savoir-faire à l’étranger et améliorer la compétitivité en attendant d’agir sur le coût du travail par une réduction significative des charges sociales.

Pascal Breton intervient sur le secteur laitier pour dire que de manière générale, la consommation de fromage est en hausse mondiale (production et consommation en hausse de 2% par an), produit dont on se prive difficilement car très festif. Le fromage est un produit culturel qui se consomme différemment selon les pays.

Le chiffre d’affaire du groupe Bongrain est de 4 milliards d’euros avec 3 usines en Mayenne qui représentent environ 800 personnes, 10 usines dans le grand Ouest, 30 usines en France, et une centaine au total partout dans le monde y compris en Chine et en Inde. Bongrain fabrique des produits de marque avec un produit frais, le lait dont la production est obligatoirement locale. La force du groupe est de pouvoir s’appuyer sur des marques fortes, locales avec des produits de très haute qualité. Elle est basée également sur une grande innovation. Les deux usines de Château-Gontier et de Meslay-du-Maine fabriquent à 70% pour l’exportation, en particulier l’Allemagne dont les consommateurs considèrent le fromage français comme un produit haut de gamme.

La PAC devient de plus en plus étrangère aux transformateurs, les aides ne les concernent pratiquement plus puisqu’elles n’existent plus ni au stockage ni aux exportations. Il subsiste uniquement les aides à l'investissement. Les transformateurs sont donc pris entre le marteau et l’enclume, d’un côté la grande distribution qui est leur client direct et qui cherche à satisfaire le consommateur avec des prix les plus bas possibles et de l’autre, les producteurs de lait qui souhaitent adapter leurs prix au coût de production.

Sujet difficile à régler car la volatilité des prix est très forte, liée à des phénomènes climatiques de plus en plus fréquents (voir les sécheresses successives aux Etats-Unis, en Australie ou en Nouvelle Zélande). Si ces deux derniers pays exportent massivement du lait, en revanche Russie et Chine importent beaucoup plus qu'auparavant. Bien que la Chine crée des fermes de 30 ou 40 000 bovins achetés lors de grandes sécheresses en Australie, les consommateurs chinois sont défiants envers la qualité du lait produit localement, si bien que la Chine est obligée d’importer massivement des produits occidentaux.

On se retrouve donc avec une augmentation de la demande de produits laitiers (de 2% par an), une demande accrue des pays grands consommateurs comme la Chine, la Russie aussi, ce qui crée un déficit sur le marché mondial. On prévoit en conséquence pour les années à venir une augmentation du prix du lait en poudre ou en beurre.

Avoir des marchés en augmentation fait monter les prix, sauf en France. Pourquoi ? A cause de la grande distribution française. En Allemagne les prix varient sans trop de problèmes à la hausse comme à la baisse. En France des redevances sont versées par les fournisseurs à la grande distribution ; le référencement occasionne des frais aux transformateurs que la distribution place sur des comptes hors France. Seule la lutte contre les paradis fiscaux pourrait enrayer cette tendance. Ensuite cette grande distribution se sent investie d’une mission quasi mystique consistant à être les garants du pouvoir d’achat des Français et à ce titre les prix doivent toujours baisser.

Disparition des aides, volatilité, producteurs et transformateurs n’ont d’autre issue que de faire varier les prix à la consommation.

Nous avons créé des contrats entre producteurs et transformateurs qui garantissent un volume et éventuellement un prix. Chez Bongrain 94% des producteurs ont signé ces contrats. Ces contrats, qui remplacent les contrats tacites de fidélité d’autrefois, sont plutôt une bonne chose. Je ne suis pas inquiet sur la pérennité de la production laitière. Certes, à la marge, nombre de producteurs de lait vont se poser des questions sur la valorisation du lait, ils vont arbitrer en faveur des céréales mais il faut savoir que le coût de production de lait est très variable selon les producteurs, c’est un métier très technique. Ensuite, les quotas laitiers ont longtemps entravé l’expansion ; si certains producteurs disparaissent rien n’empêchera le transformateur de collecter plus de lait chez un autre producteur. Donc l’avenir ne semble pas sombre pour les producteurs de lait.

Nicolas-Jean Brehon résume les deux voies pour réussir à la suite de ces deux témoignages : se battre sur les prix ou augmenter la valeur ajoutée. Pourquoi cette réussite prodigieuse des agriculteurs allemands ? Ils ont seulement une obsession : être compétitifs. Peu importe s’ils emploient une main-d’œuvre extérieure, la compétitivité est leur seul but. Ici vous augmentez la valeur ajoutée, c’est peut-être moins d’emplois mais c’est gagnant aussi.

Michel Dantin revient sur la compétitivité allemande. Il rappelle que la France est tétanisée par la perte de sa première place de pays producteur et exportateur. L’Allemagne née de la réunification a 25% de plus de surface agricole que la France et une population supérieure de 18 millions. Reconnaissons à Gerhard Schröder le grand bond en avant des Allemands ignoré des Français. Cette évolution allemande a été faite au prix d’un accord syndicats-patronat en 2002 qui a gelé les salaires mais a maintenu les emplois et la compétitivité acquise fut reversée dans les investissements et la recherche. En agriculture ils sont allés chercher de la valeur ajoutée complémentaire là où les Français ont refusé d’aller. Aujourd’hui la méthanisation est répandue, la viande de porc est devenue un sous-produit du gaz et de plus, cela fut fait avec les crédits de PAC, ceux du second pilier au titre de la diversification de leur activité alors que les Français ont refusé cette orientation. C’est à nous de prendre les bonnes décisions pour restructurer notre production, pour redevenir compétitifs sachant que nous avons de meilleures conditions naturelles (qualité du sol et climat) que l’Allemagne.

Jean-Christophe Bureau revient sur la céréalisation des terres qui est très significative ; elle a commencé très largement dans tout le Sud de la France, y compris dans des départements traditionnellement orientés sur l'élevage où les zones alluviales et de vallée sont peu à peu converties en céréales. Dans de grandes zones du Sud-Ouest (comme de Pau à Auch), on observe aujourd'hui une monoculture de maïs. Les prairies disparaissent également de zones intermédiaires. Le mouvement de céréalisation de la France n’est pas nouveau mais il s'accélère selon l'INSEE. Ce n’est pas la PAC qui est en cause mais les rapports de prix entre grandes cultures et produits de l'élevage et la pénibilité de l’élevage, peu rémunérateur. Ce qu’on peut reprocher à la PAC est de ne pas aller contre ces incitations transmises par le marché.

Un autre point : les revenus agricoles des agriculteurs allemands. Des soutiens nationaux à la bio-énergie, en particulier la méthanisation, contribuent beaucoup aux revenus agricoles. Le paradoxe est que la méthanisation a été encouragée pour des motifs environnementaux, mais aujourd’hui les digesteurs tournent au maïs et non plus aux déchets et sous-produits, ce qui provoque l'ire des écologistes allemands qui ont encouragé ces programmes aujourd'hui consommateurs de denrées alimentaires. Enfin en Allemagne, les exonérations de charges sociales sont importantes, les coûts de main-d’œuvre y sont même inférieurs aux coûts espagnols, et a fortiori aux coûts français. C'est en particulier sur les charges et non pas sur les salaires que se voit la différence de coût du travail, ce qui renvoie à de nécessaires réformes macroéconomiques en France.

Jean Arthuis insiste sur le système de TVA allemand qui est facturée aux acheteurs mais pas reversée au Trésor public. Cela fait une différence de 1 à 1,5% de différence sur le chiffre d’affaire.

Pour résumer, s’il est vrai qu’il y a un risque de céréalisation, il ne faut pas en exagérer l’importance. Il y a malgré tout des perspectives y compris à l’exportation. Le vrai sujet est celui de la rémunération versée au producteur, ce qui conditionne sa décision de produire du lait ou de passer aux céréales, également un problème de compétitivité dans la transformation que les Allemands ont su mettre en œuvre au prix de décisions courageuses.

 

* * *

 

II – S’il y a un tel risque, s’il y a un marché unique, une politique européenne commerciale, en quoi la Politique agricole commune, qui se définit en ce moment, va-t-elle transformer la situation ?

Michel Dantin rappelle les motifs de la création de la PAC en 1957 qui a démarré en 1962 avec pour objectif une Politique Alimentaire Commune. L’Europe des 6 était dépendante de l’extérieur. Ces six pays produisaient 80% de leur consommation, la moitié par la France. C’était donc d’abord une politique d’incitation à la production, avec des prix garantis aux producteurs. L’accompagnement par les prix ne fut pas suffisant pour être compétitif, ce fut ensuite un accompagnement par une politique des structures vers 1970 consistant à enlever du monde dans les campagnes et moderniser les structures d’exploitation. Dès les années 1977, la surproduction a entraîné le problème de la gestion des stocks. Ce fut alors la mise en place des quotas laitiers, des tests de coresponsabilité sur les céréales. Un vent nouveau souffle à Bruxelles, celui du libéralisme voulant mettre l’agriculture en face de ses responsabilités face au marché avec en arrière fond la dispense du système d’aides à la production. En 1992, les aides liées aux quantités produites ont été transformées en aides à l’hectare variant suivant les différences de production antérieure, selon sa nature et selon le rendement moyen. Si aujourd’hui l’Allemagne a un DPU moyen de 330 euros à l’hectare contre 280 euros pour la France, c’est qu’en moyenne à l’époque l’Allemagne avait une production plus intensive que la France.

Cette période libérale atteint son paroxysme en 2003 avec l’extraordinaire discours de Tony Blair qui accepte de mettre le budget européen à 1% du PIB mais à condition qu’en 2008-2009 la moitié des crédits consacrés à l’agriculture soit recyclée vers d’autres secteurs, l’agriculture devait être capable d’être autonome face au marché. 2008-2009 fut dite la période « Bilan de santé » utilisée à réorienter des aides des céréaliers vers l’élevage à l’herbe, laitier, ovin, de montagne, etc.

Mais depuis 2003 nous avons connu une série de désastres climatiques (sécheresse, tornades, inondations…) qui a provoqué des tensions sur le marché et des envolées haussières des prix. Par ailleurs un certain nombre de pays, à partir de 2003-2005 ont changé leur comportement par rapport au marché alimentaire mondial. La Chine, l’Inde sont devenus acheteurs nets sur le marché mondial. La Chine a acheté 49% du soja mondial en 2011. Dans le même temps, Brésil et Argentine ferment leurs frontières aux exportations car ils peinent à alimenter leur propre population en augmentation. Le Brésil utilise son sucre pour son propre éthanol. Le sucre est passé de 415 euros la tonne en mai 2011 à 854 euros la semaine dernière. C’est dans ce contexte-là que nous évoluons aujourd’hui.

La question de l’alimentation est redevenue au plan européen une préoccupation. L’urgence est aujourd’hui de récupérer notre propre potentiel de production ; la concurrence mondiale est trop risquée. C’est dans ce contexte que la réforme de la PAC se joue actuellement.

A l’OMC des engagements ont été pris sur la déconnexion entre l’aide directe versée aux producteurs et des accords entre nous Européens. Nous déconnectons l’histoire pour mettre tout le monde sur un pied d’égalité et permettre à chacun d’être à l’écoute des marchés. En pratique, pour certaines productions où le producteur ne maîtrise pas tout, notamment les coûts de production (le coût des céréales pour l’élevage), il faudra bien maintenir des politiques d’accompagnement. Le Parlement européen essaie de maintenir les aides couplées pour l’élevage. Le Conseil, les Etats voudraient limiter à 7%. Les aides couplées sont les aides liées à une production, comme la prime vache allaitante en Mayenne. C’est la réponse au maintien ou non du troupeau, notamment dans les régions où la production est à base d’herbe, donc la plus extensible.

Jean-Christophe Bureau précise que le budget agricole est constitué essentiellement d’aides directes : les aides découplées, le premier pilier, c’est environ 7,2 milliards d’euros en France, ce sont les DPU ; les aides couplées essentiellement la prime à la vache allaitante c’est environ 900 millions. Au total le premier pilier des aides directes atteint pas loin de 10 milliards d’euros. Ce sont des aides indiscriminées, des compensations à des baisses de prix.

Le second pilier comprend des aides hétéroclites. Il correspond à 1,6 milliard d’euros en France, y compris le cofinancement national. Ce budget comprend essentiellement les aides agro-environnementales (400 millions) et les indemnités compensatoires des handicaps naturels (600 millions).

Que prévoit la réforme de la PAC ? Sur l’intervention sur les marchés, pas vraiment de changement. En revanche sur les aides directes, la Commission européenne propose une petite baisse du budget mais souhaite soumettre 30% des aides directes à des conditions environnementales plus exigeantes. De plus elle souhaite, touchant en particulier la France, un système plus uniforme entre exploitations agricoles. Les Allemands l’ont fait depuis dix ans en distribuant de façon plus homogène les aides, avec un taux uniforme par hectare même si celui-ci diffère entres les Lander. La réforme actuelle obligerait la France à répartir les aides là aussi de manière plus uniforme, avec de possibles variations régionales, mais un taux sans doute unique à l'hectare au sein d'une région. Ceci pourrait se traduire par des transferts de DPU importants entre agriculteurs, entre spéculations et entre régions.

Sur le second pilier, la Commission souhaite demander aux Etats de financer divers programmes nouveaux, comme des outils de gestion du risque agricole, par exemple, ce qui risque de réduire la partie environnementale de ce deuxième pilier. Plus généralement tous les aspects environnementaux du "verdissement" de la PAC proposés par la Commission ont été assez dilués par les différents amendements du Conseil et du Parlement, et il ne reste pas grand-chose de cette orientation.

Que penser ? D’un côté on continue à verser des aides importantes, toujours fondées sur l'idée d'une compensation pour des baisses de prix garantis en 1992 et en 1999 et qui n'ont donc plus guère de légitimité en soi. Dans certains cas elles vont compléter des revenus confortables. Il y a donc peu de légitimité à la répartition actuelle des DPU. Certains types de production, en élevage extensif par exemple, mériteraient d'être plus soutenus du fait des services qu'ils rendent, par exemple le rôle des prairies dans le cycle de l'eau ou du carbone. Et également parce que les revenus sont faibles. Il faudrait ainsi des aides davantage ciblées sur le soutien de la prairie permanente, du bocage, le stockage de carbone, la biodiversité, la gestion de l’eau, etc. Or, dans le futur budget de la PAC, très peu sera orienté vers ces fonctions.

Quelles sont les marges de manœuvre pour la Mayenne ? Certainement une plus grande subsidiarité nationale pour la redistribution des aides ; les Etats ont un champ de négociation plus ample. Une partie du recouplage des aides vers des productions fragiles comme les vaches allaitantes est possible. Enfin pour une région d'élevage extensif, on peut regretter que le verdissement de la PAC proposé par la Commission soit sorti aussi affaibli du Conseil et du Parlement. Car c'est justement l’élevage laitier ou bovin extensif qui pourrait le plus profiter de cet aspect ; en refusant ce verdissement, on se prive aussi de marges de manœuvre de redistribution dans des régions comme la Mayenne. Et n'oublions pas les dangers à long terme que portent en elle l'agriculture intensive, en matière de biodiversité, de compactage des sols et d'érosion. Lorsqu’on examine la biodiversité, certains indicateurs font froid dans le dos certaines espèces courantes d’oiseaux de nos campagne disparaissent drastiquement, de même que les capacités pollinisatrices qui peuvent engendrer des catastrophes. Au niveau national, on pourrait utiliser les marges de subsidiarité à la fois sur le premier et le second pilier pour aller davantage dans un soutien aux producteurs qui protègent la biodiversité, qui se trouvent être les éleveurs sur pâturage.

Nicolas-Jean Brehon fait remarquer les aspects positifs de la réforme. En premier elle se fait dans un climat apaisé, sans contestation et avec quelques bonnes surprises. La première bonne surprise est qu’on a préservé le montant du budget, deuxième surprise, pas de grand changement, pas de secteur amputé, la troisième bonne surprise est que jusqu’à présent la PAC était une histoire de ministres ; aujourd’hui, grâce au Traité de Lisbonne, la PAC est le résultat d’une co-décision entre ministres et députés du Parlement européen. On pouvait craindre avec l’important nombre d’élus écolo-verts-rouges que la PAC ne passerait pas, mais elle est passée grâce à Comagri, la commission Agriculture du Parlement européen.

La mauvaise surprise est que la réforme est a minima, à peine perceptible. A part le « verdissement » qu’il faut distinguer des mesures agro-environnementales (MAE). Dans ce dernier cas, nous sommes dans une logique de « contrat et la MAE compense un manque de revenu. Le verdissement, le « paiement vert » n’est pas dans cette logique, il rémunère un service non payable par le marché, des services abstraits, le paysage.

Deuxième mauvaise surprise, la contestation va arriver au lendemain de la réforme avec les nouveaux Etats membres qui considèrent que leurs DPU restent très inférieurs à ceux des anciens Etats membres.

Troisièmement les aides restent constantes quel que soit le niveau des prix. Pourquoi les céréales sont aidées alors que les prix se sont envolés ?

Enfin ce n’est pas une réforme d’avenir mais plutôt de courte vue, pas question d’énergie par exemple. Les aides se sont éloignées de l’agriculture pour être des aides au revenu avec dorénavant des aides environnementales. En perdant le lien avec l’agriculture et l’alimentaire, on a perdu en sens et surtout en légitimité.

Jean Arthuis affirme qu’en Mayenne nous plaidons pour la défense de l’agriculture mais aussi de l’environnement ; les défenseurs de l’agriculture et de l’environnement doivent se rencontrer, dialoguer et trouver un accord durable.

Michel Dantin revient sur la légitimité des politiques publiques ; tant que les bénéficiaires comprennent une politique publique et sont capables de la défendre, elle est légitime. Or si on réunit des agriculteurs ils sont incapables de justifier des niveaux d’aide différents, la légitimité de la PAC est à revoir. De même les écarts du budget agricole européen entre des pays comme la France et la Pologne sont-ils justifiables ? La fourchette la plus grande est entre la Grèce (450 euros à l’ha) et la Lettonie (84 euros) et en France entre les Alpes maritimes (50 euros) et un arrondissement de l’Aisne (660 euros). Une politique juste, cela revient à dire que dans leur pays, l’aide publique doit permettre à des agriculteurs d’être positionnés de la même manière dans leur société (et non pas comme tous les autres agriculteurs européens), en tenant compte de la moyenne par habitant dans chaque pays.

La partie difficile de la réforme est à venir, elle sera au niveau national au parlement en France, pour se mettre d’accord sur le système à adopter pour harmoniser le niveau des aides.

La puissance publique a fait le choix d’abandonner les aides aux filières pour aller vers le saupoudrage à l’hectare, le même pour tous. Personnellement je crois à la nécessité d’un pilotage d’un secteur de manière forte. Si ce pilotage ne peut plus être public, nous devons donner aux filières les capacités de s’organiser, de gérer le marché et de pouvoir faire de la prospective.

Jean Arthuis relève que l’aide impressionnante dans l’Aisne (blé et betterave) est en contradiction avec le prix du sucre qui s’est envolé, c’est le jackpot pour les betteraviers de l’Aisne !

Michel Dantin répond aux questions soulevées dans la salle sur le problème de l’élevage et des prix. Lorsque les 4 eurodéputés français présents à la commission Agriculture abordent le sujet de l’élevage, ils ne sont entendus par aucun collègue. Lorsque Stéphane Le Foll au Conseil des ministres aborde le sujet, il n’est relayé par aucun collègue. Ce qui signifie qu’en France le problème de l’élevage est particulier. J’ai proposé à Stéphane Le Foll de créer une mission afin de comprendre ce problème : le coût des céréales a augmenté autant en Allemagne qu’en France, or les éleveurs allemands ne se plaignent pas comme les éleveurs français. Est-ce un problème de filière, de charges sociales, fiscal, de bâtiment ? Il nous faut répondre à cette question.

Jean Arthuis rappelle qu’on a souvent dit que lorsque la France et l’Allemagne sont en convergence, l’Europe suit. On a dit récemment qu’il fallait rapprocher la fiscalité allemande et française. Le premier chantier ne serait-il pas d’examiner ce qui se passe dans chaque pays ?

Michel Dantin affirme que sur le plan social, les autres pays ne sont pas dans une position d’attente comme en France. On a le standard social le plus élevé d’Europe mais les autres pays ne vont pas s’aligner sur nous. Les Hongrois viennent de stopper leur système social, ils ont adopté le système de l’assurance automobile avec un minimum obligatoire avec des options facultatives, risque famille, accident, …. Leur taux de charges sociales est inférieur au nôtre. Les Allemands, malgré leur problème démographique, n’ont pas remis en cause les cotisations famille. Sur le plan fiscal il y a sûrement une harmonisation possible.

Thierry Meyer à la suite des réactions de la salle revient sur l’évolution du prix du porc. C’est vrai que le prix du porc baisse (par rapport à son cours le plus haut de septembre 2012) alors que le prix de revient augmente. Mais nous avons un problème de consommation et d’exportation. Les 100 emplois perdus l’année dernière sont surtout des emplois précaires et liés à la baisse de la production porcine dans le grand Ouest. Le prix de revient du porc est directement lié au prix des céréales, alors que les prix de vente de la viande de porc sont liés à l’offre et à la demande qui sont mondiales. Et ce d’autant que les céréales sont des produits stockables, la viande et le lait ne le sont pas.

Jean Arthuis rappelle que la différence entre ceux qui font des céréales, du lait ou de la viande est que dans le premier cas le prix est mondial, c’est le marché, alors que pour l’élevage le prix passe par la grande distribution qui exerce une pression folle sur les prix. Le prix est bloqué. Pourquoi en Allemagne ne se pose-t-on pas ce genre de question ? Par ailleurs nos standards sociaux peuvent-ils devenir le modèle européen ? Avec autant de chômage et de déficit public, ce serait étonnant.

Michel Dantin termine en rappelant que la commission Agriculture a fait une étude il y a deux ans sur l’ensemble du secteur agroalimentaire qui montrait qu’en 1995, le secteur représentait 475 milliards de chiffre d’affaire dont 31 % revenait aux producteurs. En 2008 ce même secteur représente 531 milliards de chiffre d’affaire et la part revenant aux producteurs n’est plus que de 24%.  Si on reste dans cette spirale sans fond, on peut mettre tout l’argent public que l’on veut dans la PAC, la question ne sera pas réglée.

Où sont passés les 7% qui ont changé de mains ? L’étude montre que ces 7% se divisent très exactement en trois parties : un tiers va au premier acheteur de l’agriculture pour faire face à ses propres besoins sans augmenter sa marge au final, un deuxième tiers va à la grande distribution, le troisième tiers va, on ne le sait pas, au secteur de logistique qui s’est considérablement développé. Ce développement, ce sont les normes qui sont des charges supplémentaires pour les entreprises. Ce secteur a donc offert de nouveaux services mais en se « servant sur la bête ». Au final c’est le producteur qui en fait les frais. Comment revenir en arrière sur les normes pour gagner des points à la production ?

Enfin il faut considérer la perte de matière première considérable le long de la chaîne agroalimentaire. D’une part cette perte est due à une normalisation sans cesse accrue et aussi  à ce principe de précaution de la part des consommateurs qui est excessif sur les denrées fraiches (dates limites de consommation, etc.).

Nicolas-Jean Brehon pose la question essentielle de savoir pourquoi les autres réussissent et pas les Français ? L’exemple de la négociation budgétaire est intéressant. Deux pays ont gagné, l’Allemagne et le Royaume-Uni, parce qu’ils avaient un seul objectif : le Royaume-Uni voulait préserver son rabais et les Allemands voulaient 960 milliards d’euros, pas plus. Les Français avaient plusieurs ambitions : stabiliser la contribution, garder la PAC, garder la part des régions et enfin un peu de compétitivité. Pour la PAC c’est la même chose. Les Allemands ont un seul objectif : la compétitivité ; pour eux la PAC est un instrument pour faire émerger des entreprises et des exploitants compétitifs.

Que cherchent à faire les Français avec la PAC ? Une panoplie : la PAC sert à l’alimentation, elle sert à obtenir des revenus mais aussi une vie rurale harmonieuse, des traditions, un mode de vie, des paysages avec des exploitations nombreuses qui font vivre les campagnes. En retour, cette polyvalence nous fait perdre de la force.

Jean Arthuis appuie cette fausse stratégie qui nous conduit à sortir du marché.

Pascal Breton revient sur les problèmes des transformateurs. A partir du moment où il n’y a plus d’aide à la transformation, et que nous sommes ouverts aux échanges mondiaux dans un système très libéral, il faut une très forte adaptabilité pour survivre. Le système est complexe, d’un côté les producteurs doivent faire face à des augmentations brutales de prix des matières premières et de l’autre, la marge des transformateurs de lait qui est très faible et une grande distribution qui campe sur des positions très fermes. Ce problème est le même aux Etats-Unis qui essaient d’adopter un système assurantiel pour lisser les évolutions de prix. Le prix mondial du lait est fixé par la Nouvelle Zélande qui représente 8% du marché mondial. L’Europe ne pourra pas échapper à ce débat sur le système assurantiel qui semble être la seule solution pour lisser les variations de prix.

 

* * *

 

Des questions dans la salle soulèvent le problème de ce système de prix très libéral alors que les lois sociales ou environnementales ne le sont pas. Comment assumer les coûts de ces réglementations toujours en augmentation et en même temps se confronter au marché mondial ? De plus l’appréciation de l’euro n’est pas en faveur des exportations françaises.

Par ailleurs, les avantages apportés par l’Etat-providence à la population sont en contraste total avec les conditions de vie des éleveurs aujourd’hui.

Les outils économiques en France sont-ils adaptés au marché ? Comment les producteurs peuvent-ils s’imposer face à la grande distribution, prendre des parts de marché à l’export ? Ne faudrait-ils pas s’entendre entre producteurs ?

En Mayenne la céréalisation n’est pas la cause principale de la diminution du nombre des éleveurs, c’est plutôt la baisse des installations dans l’élevage.

On voit que la PAC ne considère pas l’emploi comme un enjeu sociétal, c’est une énorme lacune politique.

Enfin les décisions nationales à la suite de la réforme de la PAC au niveau européen devraient prendre en compte l’intérêt général et non pas les intérêts particuliers.

Thierry Meyer remet en cause l’aspect social qui depuis 15 ans n’est pas au programme de la PAC et qui risque de ne pas l’être dans les 15 prochaines années. Au niveau de l’entreprise nous allons devoir adapter nos volumes, les baisser ne conduira pas forcément à une régression, nous allons toujours améliorer la valeur en mettant en avant notre savoir-faire. Sur le sujet de la concentration, le groupe a voulu grossir mais l’autorité de la concurrence est intervenue. Nos exportations sont en augmentation, sur le Japon notamment. La production doit pouvoir vivre de son activité en visant la valeur ajoutée, la qualité, le savoir-faire qui sont reconnus de tous, y compris à l’export. 

Pascal Breton voit plusieurs portes de sorties. Il est clair que le territoire national est insuffisant pour absorber la totalité de la production laitière. Il faut exporter avec une valorisation et aux bonnes périodes en fonction des cours mondiaux. Ensuite la valeur de l’euro est importante car les exportations se font en dollars, actuellement l’euro est surévalué. C’est évident que les Allemands ont le même euro que nous mais le prix du lait est le même qu’en France seulement depuis deux ans. Le problème de la grande distribution est un problème franco-français parce que aujourd’hui les grands distributeurs sont seulement au nombre de trois ou quatre. Ensuite le coût social est trop élevé en France. Dans un système aussi fluctuant, on ne peut pas imaginer se passer d’un système qui puisse lisser les prix. Le décalage entre le coût de production et le coût de vente est insoutenable.

Face à une demande de produits laitiers en hausse, la France ne s’en sortira qu’avec des produits innovants. Notre vocation n’est pas de vendre des produits basiques comme de la poudre de lait ou du beurre.

Jean-Christophe Bureau poursuit sur les DPU en mentionnant que la Commission européenne ordonne de rendre les choses plus uniformes et dans ce sens on n’exclut pas qu’il y aura une perte nette de DPU dans le grand Ouest si l'on passait à un paiement plus uniforme par hectare (tout dépend en fait de ce qu'on fait sur les primes à la vache allaitantes en complément). Ce qui serait paradoxal pour une région d’élevage. Les modalités d'attribution des aides ont des effets qui ne sont pas toujours intuitifs. Ce n'est pas parce qu'on donne des aides plus uniformes par hectare qu'on soutiendra nécessairement les producteurs les plus nécessiteux, ou ceux qui rendent le plus de services à la société. Toutes les propositions pour redistribuer les aides ont leurs effets pervers : ainsi, à la demande de la Confédération paysanne, l’INRA a fait une simulation sur une aide liée au travail et non à l’hectare. Le résultat a montré des transferts des régions d’élevage extensif vers la viticulture bordelaise !

Il faut aussi se garder des clichés et considérer que si certains types de producteurs ont des revenus faibles, il y a un paradoxe à leur donner toujours plus d'aides. Par exemple, le chiffre moyen des aides en Provence Alpes-Côte-d'Azur pour les exploitations ovines en régions de montagnes, c’est presque 50 000 euros par exploitation si l'on cumule les DPU, les Mesures agri-environnementales et les indemnités compensatoires de handicap naturel, pour un revenu qui dépasse à peine 10 000 euros annuels!  Un éleveur peut avoir des aides importantes alors qu'il a une valeur ajoutée très négative. Même si ces éleveurs en ont besoin socialement, même si leur production rend de nombreux services, il y a sans doute une limite à distribuer des aides à des producteurs dont la création de richesse (mesurée par la valeur ajoutée) est si négative.

Sur l’Allemagne, il ne faut pas oublier le facteur taille des exploitations. L’Allemagne est devenue compétitive grâce à la réunification et à l’extension des structures ; les grandes structures ne sont-elles pas l’avenir ?

Nicolas-Jean Brehon reprend le problème de la cohérence entre libéralisation et contraintes. La PAC administrée est un échec total. La PAC est décidée à 27 pays, il faut donc négocier avec d’autres logiques revendiquées par d’autres ; les contraintes sont le résultat de ces contradictions mêmes.

Les Organisation de Producteurs sont une idée française dont le but est de peser sur les prix. A Bruxelles, on s’étonne, on dit qu’on a fait cette réforme qui était voulue par les Français mais le seul endroit où les OP ne marchent pas, c’est en  France ! Enfin la valorisation est le facteur essentiel avec pour preuve les Chinois qui se font livrer par avion-cargo tous les deux jours du lait frais en provenance d’Allemagne !

 

* * *

Conclusion de Jean Arthuis

Si l’UDI de la Mayenne a voulu ouvrir ce débat, c’est parce que l’agriculture occupe une place majeure dans l’économie et l’avenir du grand Ouest. Les marchés sont désormais mondiaux, la demande alimentaire est en expansion et nous devons être en mesure d’assurer  la sécurité alimentaire d’une population de 9 milliards d’individus. Dans cette perspective, les prix des céréales risquent de flamber davantage, bousculant les équilibres actuels et la place de l’élevage.

De grandes divisions séparent le monde agricole entre les exploitants qui font de l’élevage et ceux qui font des céréales. S’il n’y avait pas les excédents sur le vin et l’alcool, la balance commerciale agroalimentaire française serait déficitaire. C’est dire si la situation de l’agriculture a considérablement changé.

D’un côté ceux qui sont soumis à des prix fixés par le marché, les céréales, de l’autre les producteurs et éleveurs dont les produits sont transformés par des industriels, coopératives ou entreprises privées dans un cadre concurrentiel mais dont les prix sont régulés par les distributeurs. Au surplus, les producteurs de viande bovine, de porcs, de volailles et de lait ont des coûts de production liés au prix des céréales. Enfin, les flux qui arrivent à la transformation ne sont pas stockables.

Nous avons bien distingué les perspectives prometteuses mais les risques sont réels. Pour se prémunir contre ces risques, on a insisté sur la plus grande valeur ajoutée possible dans le département de la Mayenne, de telle sorte que tous les acteurs de la filière agroalimentaire puissent vivre décemment. Nous avons bien compris l’exigence de compétitivité, qui ne doit pas négliger les conditions environnementales, réserver une bonne entente entre agriculteurs et défenseurs de l’environnement. A cet égard les Allemands ont bien compris qu’il y avait un complément de revenu possible avec la production d’énergie. Les systèmes de méthanisation engendrent un investissement considérable qui suppose des regroupements. La vision que nous avons de la taille des structures est conditionnée par ces enjeux-là.

Compétitivité signifie aussi qu’il faudra impérativement revoir nos systèmes de protection sociale et surtout leur mode de financement. Aussi longtemps qu’on maintiendra les cotisations sociales sur la production, plus longtemps nous nous tirerons une balle dans le pied. C’est ainsi que l’heure d’ouvrier dans un abattoir allemand est 10 euros moins chère qu’en France.

Egalement nos systèmes fiscaux ne sont pas convergents. L’appréciation de l’euro a ses contreparties, un euro moins cher, c’est du carburant plus cher.

Il faut souhaiter une nouvelle politique européenne à la suite des élections européennes de 2014. La France est très attachée à la PAC mais elle demeure très rigide, elle consiste en de nombreux endroits à distribuer de l’argent à des personnes qui n’en ont pas besoin. En distribuant à l’hectare, on donne un supplément de valeur au foncier, c’est une rente de situation. De plus elle complique l’installation des jeunes et la rentabilité des exploitations. Ce n’est pas une politique juste. Il faudra y apporter un certain pouvoir de modulation. Elle ne subsiste en l’état que parce qu’elle permet à certains pays, notamment la France, de récupérer une partie substantielle (la moitié pour la France) de leur contribution au budget européen.

Pour l’immédiat, sachons faire bon usage des subsides provenant de la PAC. A charge pour les autorités nationales de répartir plus équitablement, et surtout plus efficacement les fonds publics.

 

* * *

 

Ce débat organisé par la fédération UDI de la Mayenne est une première étape dans notre projet de contribuer à apporter des solutions au problème de l’agriculture en Mayenne. La prochaine étape que nous envisageons est de réaliser une étude comparative sur les conditions d’exploitation en Allemagne et en France, étude de cas du bilan comptable d’une structure allemande et française. L’objectif final étant d’essayer de construire un modèle de développement agricole mayennais pour l’avenir. A l’instar du « Vermont Model of Development » réalisé aux Etats-Unis il y a quelques années, notre ambition est de proposer le « Mayenne Model of Development » !

www.parti-udi.fr
Mentions légalesPlan du siteContact